Haïti pleure l’un de ses plus illustres fils
Frankétienne, de son vrai nom Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d’Argent, s’est éteint ce jeudi 20 février, à l’âge de 88 ans, à son domicile de Delmas 3. Écrivain, poète, dramaturge, peintre, musicien et enseignant, il laisse derrière lui une œuvre monumentale et une empreinte indélébile dans la culture haïtienne.
Un géant de la Culture haïtienne s’en est allé
Né le 12 avril 1936 à Ravine Sèche, un village de la commune de Saint-Marc, dans l’Artibonite, Frankétienne grandit à Bel-Air, quartier populaire de Port-au-Prince. Fils d’une marchande ambulante, il poursuit ses études à l’Institut des Hautes Études Internationales, avant de se consacrer à l’enseignement. Visionnaire, il fonde un établissement scolaire dans son quartier d’enfance attirant même des élèves issus des classes aisées en quête d’un enseignement de qualité.
Un monument de la littérature haïtienne
Figure incontournable de la littérature haïtienne et francophone, Frankétienne a signé plus d’une quarantaine d’ouvrages explorant des genres variés, de la poésie au roman en passant par le théâtre. Son chef-d’œuvre, Dezafi, premier roman écrit en créole haïtien, marque un tournant dans la reconnaissance de cette langue comme outil littéraire. Ce livre, qui continue d’influencer des générations d’écrivains, fut d’ailleurs mis à l’honneur lors de la quatrième édition du Marathon du Livre en 2017 à Petit-Goâve.
Sur scène, son théâtre engagé a fait trembler la dictature. En 1976, il écrit Pèlen Tèt, une pièce audacieuse, qui dénonce le régime sanguinaire de Baby Doc Duvalier, anticipant de quatre ans la grande répression du 28 novembre 1980 contre la presse indépendante. Jouée par François Latour (Polidor) et Roland Dorfeuille (Piram), cette pièce devient une œuvre culte de la résistance intellectuelle haïtienne.
Une reconnaissance internationale
Candidat au Prix Nobel de littérature en 2009, Frankétienne est décoré Commandeur des Arts et des Lettres en 2010, avant d’être nommé Artiste pour la Paix par l’UNESCO. En juin 2021, l’Académie française lui décerne le Grand Prix de la Francophonie, saluant ainsi l’ampleur de son œuvre et son engagement pour la langue française.
Esprit bouillonnant et créateur infatigable, Frankétienne était un homme de paradoxes, entre classicisme et avant-garde, entre révolte et poésie. Avec lui, Haïti perd un monument, mais son héritage littéraire, artistique et pédagogique survivra bien au-delà des frontières de l’île.